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Le premier ministre indien a lancé un projet de route commerciale : le « corridor de la croissance Asie Afrique ». Objectif : contrer l’influence chinoise.

 

Narendra Modi, le premier ministre indien, en juillet 2017.

 

La « route de la liberté » contre la « route de la soie ». Seulement quelques jours après l’organisation du premier « sommet des routes de la soie » à Pékin, le premier ministre indien Narendra Modi a dévoilé, en mai, à l’occasion d’une réunion de la Banque africaine de développement (BAD) qui se tenait pour la première fois à Ahmedabad, en Inde, un autre projet de route commerciale : le « corridor de la croissance Asie Afrique » (AAGC, Asia Africa Growth Corridor), surnommé la « route de la liberté ».

L’AAGC propose de créer une région Indo-Pacifique « libre et ouverte » en redynamisant d’anciennes routes maritimes reliant l’Afrique au Pacifique, en passant par l’Asie du Sud et l’Asie du Sud-Est. Le projet porté par le Japon et l’Inde est aux antipodes des « routes de la soie ». Il met l’accent sur le « développement durable » plutôt que sur le commerce, et s’appuie exclusivement sur les voies maritimes à « bas coût » avec une « faible empreinte carbone ».

Selon le document préparatoire rendu public en mai, la « route de la liberté » reposera sur quatre piliers : le renforcement des compétences, la construction d’infrastructures durables, les projets de coopération dans les domaines de la santé, de l’agriculture, du secteur manufacturier et de la gestion des catastrophes naturelles et, enfin, le partenariat de « personne à personne ». Ces nouveaux corridors maritimes pourraient connecter le port de Jamnagar, au Gujarat, à Djibouti, ou encore Calcutta à Sittwe, au Myanmar. Le Japon offrira son expertise en matière de construction d’infrastructures et l’Inde mettra à profit sa présence sur le continent africain.

Faire barrage

Cette initiative, lancée en novembre 2016 par M. Modi et son homologue japonais, Shinzo Abe, a été pensée comme une alternative à la « route de la soie », pour contrer l’influence chinoise. L’Inde et le Japon sont, avec les Etats-Unis, les seules grandes puissances à ne pas vouloir être associées au projet chinois. Tokyo s’inquiète des ambitions de Pékin en mer de Chine, notamment sur une chaîne d’îlots dont elle revendique la souveraineté. Et l’Inde craint d’être marginalisée sur son continent et sur les mers d’Asie par l’aménagement d’une route terrestre qui passe par le Cachemire pakistanais, revendiqué par New Delhi, et des voies maritimes l’encerclant dans son arrière-cour de l’océan Indien.

Cette expansion chinoise en Asie ravive de vieilles peurs héritées de la guerre sino-indienne de 1962. Tokyo et New Delhi espèrent enfin faire barrage aux ambitions commerciales chinoises en Afrique. « Le partenariat de l’Inde avec l’Afrique est fondé sur la coopération et répond aux besoins des pays africains. Il est sans condition et n’est motivé que par la demande », a insisté M. Modi.

Julien Bouissou, Le Monde.fr le 9 août 2017