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Il y a 70 ans, l’Empire britannique se scindait en deux “dominions” indépendants: l’Inde et le Pakistan. Une date historique pour 1,3 milliard d’hommes et de femmes.

 

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Trois cents ans de domination britannique, 300 ans de traditions, de liens, de commerce, d’amour-haine et de colonisation… l’adieu fut historique en ce 15 août 1947.

Depuis cette date (l’Independance Day), l’Inde décide de son destin mais elle reste sous influence anglaise au sein du Commonwealth. On sortait de la guerre et les empires coloniaux se fissuraient de toutes parts. L’heure de l’Inde avait sonné.

Le sous-continent indien se divisa en deux futurs états. Même Lord Mountbatten, le dernier-vice roi des Indes, récemment incarné au cinéma par Hugh Bonneville dans le film de Gurinder Chadha, n’eut d’autre choix que d’entériner cette partition porteuse de convulsions et de violences multiples. On l’a un peu oublié aujourd’hui mais, au départ, l’Union indienne se vit attribuer le statut de dominion, comme son voisin le Pakistan. Les liens restaient étroits, surtout du point de vue militaire. L’Inde eut beau voler de ses propres ailes, la présence britannique restait forte, très forte.

Mais elle avait obtenu, chèrement acquis pour être plus précis, sa liberté. Elle pouvait désormais forger sa propre histoire, de la campagne pour la non-violence du Mahatma Gandhi contre l’occupation britannique à l’Inde actuelle, un des pays majeurs des “BRICA” (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud), ces économies florissantes qui bouleversent le cours du monde.

L’Inde vient de mettre de l’ordre dans sa monnaie et dans sa TVA. Elle compte désormais sur l’échiquier planétaire; en 1947, c’était au contraire une nation inquiète, coincée entre le Pakistan et le futur Bangladesh, qui émergeait. À l’origine, elle reste une monarchie constitutionnelle. Très vite, en 1950, elle accède au rang de république parlementaire fédérale, entre gouvernement central et états indiens. L’Inde s’inspira du parlementarisme en vigueur à Londres; on ne s’émancipe pas si facilement du joug élégant des sujets de Sa Très Gracieuse Majesté.

L’Inde neuve et libre absorbera aussi très vite les comptoirs français et portugais, parachevant sa marche libératrice. Héritage de ce 15 août 1947, l’Inde est la plus vaste démocratie du monde. La liberté de la presse y est garantie et les libertés civiles protégées. Dans la région, elle constitue un exemple, assez rare pour être souligné. Dans cette épopée, Lord Mountbatten occupa une place centrale, au point de devenir un héros aux yeux des Britanniques. Il assuma la pire des charges: préparer l’indépendance mais surtout, avant de la proclamer, concilier les vues antagonistes du Parti du Congrès et de la Ligue musulmane, deux ennemis qui se regardèrent toujours en chiens de faïence, ferments de lutte et de tensions. Les premiers, hindous, préconisaient une Inde laïque et unie; les seconds un état musulman que les Anglais, toujours avides de diviser pour (continuer à) régner, cautionnèrent.

 Arbitre des hostilités, Lord Mountbatten ne put empêcher le déchaînement des violences: l’Inde naissante déboucha ainsi sur un énorme déplacement de population, ainsi qu’un nombre considérable de victimes, entre 500.000 et un million. Lord Mountbatten, qui sera assassiné par l’IRA en 1979, noua heureusement d’excellentes relations avec Nehru, une des grandes figures de l’Inde désormais maîtresse de son sort.

Bernard Meeus, Le Soir.be le 9 août 2017