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Catégorie : Actualité du C.I.D.I.F

La proximité de l’Inde avec l’Afghanistan ferait-elle peur au Pakistan ?

 

Neuf ressortissants indiens ont été tués à Kaboul ce 26 février, dont plusieurs membres du consulat. C’est le troisième attentat perpétré contre les intérêts indiens en Afghanistan en moins de 20 mois, après deux attaques contre l’ambassade, en 2008 et 2009. Toutes ces agressions portent les caractéristiques du Lashkar-e-Taiba, le groupe djihadiste qui est à l’origine des attentats de Bombay. Explications.

 

 

 
 
 

Que fait l'Inde en Afghanistan ?

 

Depuis que les talibans ont été chassés du pouvoir en 2001, l'Inde a donné plus d'un milliard de dollars à l'Afghanistan. Elle s'est focalisée sur l'aide humanitaire et se préoccupe du développement, comme l'installation de lignes téléphoniques, l'entretien des routes et la création d'hôpitaux, d'écoles et des cliniques.  L'Inde laisse aux autres pays la " charge sécuritaire ", préférant s'occuper de la population sans se confronter aux talibans. Une position qui lui vaut d'être appréciée par les autorités locales. "  L'influence économique et politique de l'Inde en Afghanistan est en pleine expansion, et comprend aussi bien des efforts significatifs pour le développement du pays que des investissements financiers ", expliquait dans un rapport rendu fin 2009 le général américain Stanley MacCrystal, commandant de l'SAF en Afghanistan (Force Internationale d'Assistance et de Sécurité). 

 

Une présence qui agace Islamabad 

 

Le rapport souligne aussi que " l'actuel gouvernement afghan est perçu par Islamabad comme pro-indien". Des relations privilégiées qui agacent évidemment Islamabad, laquelle a toujours considéré l'Afghanistan comme sa chasse gardée, sorte de " profondeur stratégique " vis-à-vis de l'ennemi indien. Le Pakistan accuse ainsi l'Inde de soutenir les mouvements terroristes du Baloutchistan, et s'interroge surtout sur la présence de consulats indiens en Afghanistan, " qui ne  délivrent pas de visa, ne font pas de commerce, mais qui peuvent servir d'agences de renseignements ". Le Pakistan voit donc d'un très mauvaise œil l'influence grandissante de New Delhi dans son arrière-cour.

 

L'attentat serait-il une riposte pakistanaise ?

 

Bien que les talibans aient revendiqué l'attaque du 26 février, en Inde et au sein de l'administration Karzai, les soupçons se tournent vers une attaque orchestrée par le Pakistan, dont l'armée et les services secrets sont depuis toujours soupçonnés d'aider des groupes islamistes armés, notamment le Lashkar-e-Taiba. Ce groupe d'extrémistes proche d'Al-Qaida a officiellement été interdit fin 2008, après que l'Inde l'eut accusé d'être responsable des attentats de Bombay. Mais ce groupe, dont l'objectif premier reste de rattacher l'Etat indien du Jammu-et-Cachemire au Pakistan, continue en réalité d'opérer sous d'autres noms. Il est notamment soupçonné d'avoir orchestré l'attentat de Pune, le mois dernier.

 

Quel impact sur les relations indo-pakistanaises ?

 

La veille de l'attentat de Kaboul, les secrétaires d'Etat aux Affaires Etrangères des deux pays, Nirupama Rao et Salman Bashir, s'étaient rencontrés à New Delhi. La première rencontre bilatérale de haut niveau en près de quinze mois, puisque les deux puissances nucléaires d'Asie du sud ne s'adressaient plus la parole depuis les attentats de Bombay. Après cette attaque spectaculaire, l'Inde avait en effet interrompu le timide processus de paix en cours depuis 2004, accusant son voisin de ne rien faire contre le terrorisme qui frappe régulièrement son territoire, et plus précisément contre le fameux Lashkar-e-Toiba. Très attendue, la rencontre n'a d'ailleurs donné aucun résultat, d'autant que l'attentat de Pune, survenue juste avant, avait quelque peu envenimé l'atmosphère. Si l'implication du Lashkar-e-Toiba – et donc, selon l'Inde, des services pakistanais – est avérée dans l'attaque de Kaboul, le dialogue risque donc d'avoir bien du mal à reprendre.

 

Ella Martin, Aujourd’hui l’Inde, le 3 mars 2010.