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Catégorie : Actualité du C.I.D.I.F

En Inde, la France à la poursuite des grands contrats d'armement

 

 

Alors que Nicolas Sarkozy est attendu pour une nouvelle visite, peut-être à la fin de cette année, l'Inde continue ses achats d'armement à grande échelle, et prévoit d'y affecter 50 milliards de dollars dans les dix prochaines années. Paris est sur les rangs pour participer à cette ruée vers l'or dans laquelle sont lancés les principaux pays industrialisés, et pousse plusieurs contrats. Depuis de longues années, les armées indiennes se sont essentiellement fournies dans deux pays : la Russie, qui reçoit environ 1,5 milliard de dollars par an, et Israël juste derrière, qui vend pour 1 milliard de dollars annuels. Les États-Unis sont en train de rattraper leur retard, et la France voudrait bien revenir dans le peloton de tête.

Malgré de réels efforts pour renforcer le "partenariat stratégique" entre les deux pays, dont l'invitation du Premier ministre Manmohan Singh lors des dernières cérémonies du 14 juillet dans la tribune officielle de la place de la Concorde, Paris n'a plus signé de contrat majeur avec New Delhi depuis celui des sous-marins Scorpène. En octobre 2005, l'Inde avait entériné l'acquisition de six submersibles Scorpène, accompagnée de la vente de 36 missiles SM39 de MBDA, pour 2,4 milliards d'euros. Tous les sous-marins doivent être fabriqués localement avec l'assistance française, et la première découpe de tôle du premier sous-marin a eu lieu le 15 décembre 2006 aux chantiers MDL (Mazagon Dock Ltd). Depuis, la construction a pris un sérieux retard, et les Indiens font face à des problèmes de financement. Ils avaient apparemment mal calculé le montant des équipements qu'ils devaient acquérir par leurs propres moyens, hors contrat initial, et il leur manquerait aujourd'hui un demi-milliard d'euros tout de même, que le ministère des Finances peine à abonder. Une chose est sûre : le premier submersible de la série ne sera pas livré comme initialement prévu en 2012, bien que le vice-amiral Malhi, directeur des chantiers Mazagan, ait estimé récemment qu'il sera possible de livrer le dernier Scorpène en décembre 2017. À confirmer...

Pour rééditer le succès du Scorpène, Paris négocie actuellement plusieurs autres contrats, au nombre de plusieurs dizaines. Mais les plus emblématiques concernent les missiles et le matériel aéronautique.

Missiles sol-air. La France promeut, avec le soutien des services officiels et de l'Élysée, les ultimes mises au point entre l'Inde et MBDA (filiale comme à EADS, BAE Systems et Finmeccanica) pour le programme SRSAM (Short Range Surface to Air Missile). La signature de ce contrat de gré à gré est attendue dans les prochains mois. Il concerne le codéveloppement d'un nouveau missile avec l'agence indienne DRDO , incluant des transferts de technologie, de MBDA vers un industriel indien qui assurera l'ensemble de la production sur place. Trois systèmes différents sont prévus : le premier est constitué de lanceurs verticaux terrestres pour protéger les bases aériennes. Le deuxième système est destiné aux navires de surface. Et le troisième, sur rampe mobile, est capable de tirer un missile sur une cible en quatre secondes, alors qu'il est en déplacement. Les discussions durent depuis trois ans. Les montants concernés n'ont pas été rendus publics mais le chiffre de 500 millions de dollars (350 millions d'euros) a été avancé par la presse indienne. Pour l'industriel, "il s'agit d'un geste fort de MBDA et du gouvernement français. C'est vraiment un partenariat stratégique à long terme."

Mirage 2000. Remis sur les rails lors du voyage officiel de Nicolas Sarkozy en janvier 2008, le contrat de rénovation des 51 Mirage 2000 vendus par la France dans les années 1980 est évalué à 1,5 milliard de francs, et vise à prolonger d'une vingtaine d'années la vie de ces avions mis aux standards techniques les plus modernes, pour un prix équivalent à celui de la moitié d'un avion neuf. Le contrat concerne Dassault, Thales pour l'avionique et le système de combat, SNECMA pour les moteurs et MBDA pour la fourniture de missiles MICA. Le tout pour 1,5 milliard d'euros. Le chef d'état-major de l'armée de l'air, le général PV Naik, a récemment affirmé que les procédures indiennes devraient déboucher rapidement, et que le contrat n'a traîné que parce que les prétentions françaises étaient supérieures d'un tiers à ce que les Indiens sont prêts à payer. Donc, ça négocie...

Rafale. L'avion français, que le gouvernement et l'Élysée soutiennent de toutes leurs forces dans plusieurs pays, est également présent en Inde dans le contrat MMRCA (Medium Multi Role Combat Aircraft) contre cinq autres appareils (F-16IN Block 70 Super-Viper, de Lockheed Martin ; F/A-18E/F Super Hornet Block 2, de Boeing ; Eurofighter EF-2000 Tranche 3 ; JAS-39 IN Gripen de Saab ; Mig 35). L'avion français ne part pas favori, mais poursuit les tests que les Indiens exigent avant de passer à la phase suivante de la compétition. Il est le seul à les avoir terminés à cette date, selon le chef d'état-major de l'armée indienne.

Modernisation du Jaguar. Pour la modernisation des 100 Jaguar indiens, le missilier MBDA propose son missile air-air ASRAAM dans une configuration originale : au-dessus des ailes (Overwing). La compétition est intense avec l'israélien Rafael, qui propose son missile Python.

Airbus. Le ravitailleur A330 MRTT avait remporté l'an dernier les évaluations techniques pour fournir six ravitailleurs à l'armée de l'air indienne, mais ce contrat de 1,2 milliard d'euros a été rejeté par le ministère des finances, considérant le prix comme trop élevé. Le MRTT devrait pouvoir à nouveau répondre à l'appel d'offres qui va être prochainement relancé. Il devrait également associer son précédent compétiteur, l' Iliouchine Il-78MKI . Mais la grande nouveauté, c'est l'invitation lancée par les Indiens à Boeing, qui n'avait pas participé au premier round. L'industriel américain dit "réfléchir" à la possibilité de répondre, soit avec son KC-767 , soit avec son nouveau ravitailleur en développement, le KC-777 . Que pense Airbus de ces étranges règles du jeu ? Réponse : "Rien !" Il ne faut pas injurier l'avenir !

Eurocopter. L'Inde devant renouveler la quasi-totalité de sa flotte d'hélicoptères, elle est engagée dans de multiples appels d'offres, pour lesquels la firme de Marignane présente plusieurs appareils. Ils sont les héritiers de dizaines d'hélicoptères Cheetah et Chetak , toujours en service dans l'armée indienne. Ce sont des versions locales construites sous licence par HAL des hélicoptères du constructeur Sud-Aviation (devenu Aerospatiale) Alouette III et Alouette II.

Les appareils présentés sont :

Hélicoptères de reconnaissance et de surveillance : AS 550 C3 Fennec. Le groupe de Marignane avait déjà gagné cette compétition pour la fourniture de 197 hélicoptères. Mais en décembre 2007, suite à des accusations de corruption par un concurrent, qui se sont d'ailleurs révélées infondées, le contrat a été annulé. Une autre raison avait été avancée : le modèle AC 350 C3 présenté aux essais n'était pas exactement conforme au modèle militaire, dont les différences sont infimes avec le modèle civil. Cette fois, Eurocopter est de nouveau dans la course, et le contrat porte sur les 197 machines initiales, auxquelles s'ajoutent maintenant 187 exemplaires supplémentaires qui seraient produits par HAL.

Hélicoptère multirôle pour la marine : Eurocopter propose le EC 725 Cougar pour un contrat qui pourrait concerner 60 machines.

Indian Coast Guard : pour un contrat à venir mais qui n'est pas encore officiellement ouvert aux propositions, Eurocopter proposera l'AS 565 Panther.

Hélicoptère d'attaque. Curieusement, Eurocopter dit "ne pas être prêt" pour proposer le EC 665 Tigre dans la compétition visant à fournir 22 hélicoptères d'attaque. La route est libre pour les concurrents.

À (beaucoup plus) long terme, les industriels français et la Direction générale de l'armement étudient d'éventuels marchés indiens pour l'A400M (mais le pays vient d'acquérir des C-130J et la négociation pour 10 C17 est en cours). Paris regarde aussi de près une éventuelle nouvelle commande par l'Inde de six sous-marins. Par ailleurs, la marine indienne a exprimé un besoin de navires de transport de troupes capables d'accueillir un état-major. Elle vient d'acquérir d'occasion à cette fin le USS Trenton, devenu le INS Jalashwa. La France estime son Mistral tout à fait adapté si de nouvelles acquisitions de navires de ce type devaient intervenir.

 

Jean Guisnel, Le Point, le 1er mars 2010.