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L'Inde veut réduire ses déficits publics tout en augmentant ses dépenses sociales

 

 

Réduire le déficit budgétaire sans menacer la reprise de l'économie indienne. C'est l'exercice délicat auquel s'est livré le ministre indien de l'économie et des finances, Pranab Mukherjee, en présentant vendredi 26 février, devant le Parlement, le budget pour l'année fiscale 2010-2011 démarrant au 1er avril 2010.

 

Avec un déficit budgétaire qui devrait atteindre cette année les 6,8 % du produit national brut (PNB), Pranab Mukherjee a déclaré vouloir ramener celui-ci au-dessous des 5,5 %, dès 2011. La méthode choisie privilégie l'augmentation des recettes budgétaires, davantage que la baisse des dépenses publiques.

Le gouvernement prévoit de vendre une partie de ses participations dans les entreprises publiques pour un montant estimé à 50 milliards de dollars (environ 37 milliards d'euros), et de lancer des enchères pour l'attribution des licences de téléphonie 3e génération. Il table enfin sur une hausse de ses recettes fiscales, grâce à une reprise graduelle de la croissance. Malgré une mauvaise performance au dernier trimestre 2009, la croissance devrait atteindre 7,2 % lors de l'année fiscale 2009-2010, pour remonter jusqu'à 8,5 % en 2010-2011, et même 9 % l'année suivante, d'après les prévisions du gouvernement.

Encore faut-il que la croissance soit "inclusive", comme l'avait promis le Parti du Congrès au lendemain de sa victoire aux élections de mai 2009. Avec plus de 300 millions d'Indiens qui vivent sous le seuil de pauvreté, le gouvernement a décidé d'augmenter ses dépenses dans le secteur social.

Le budget du programme du National Rural employment guarantee (NREG), qui garantit 100 jours de travail par an aux familles rurales les plus pauvres, va être augmenté de 13 %. Un fonds de sécurité sociale destiné aux travailleurs du secteur informel va être créé. Et des réformes structurelles dans la politique de lutte contre la malnutrition sont envisagées. Des bons alimentaires, distribués aux plus pauvres vont progressivement remplacer les magasins d'Etat, chargés de vendre de l'alimentation à des prix réduits, qui sont minés par la corruption.

Pour que la croissance profite aux plus démunis, le gouvernement doit aussi lutter contre une inflation qui a presque atteint 18 % lors de la dernière semaine de janvier. Malgré l'annonce d'une hausse du prix de l'essence subventionné par l'Etat, d'environ 2 %, qui a provoqué le départ des députés de l'opposition des rangs de l'Assemblée protestant contre un budget favorisant la "hausse des prix", le ministre de l'économie a présenté des mesures structurelles.

Le secteur des infrastructures va recevoir près de 28 milliards d'euros d'investissements de la part du gouvernement, cette année, pour désengorger la production industrielle. L'autre priorité est le soutien à la production agricole.

Tout en maintenant ses dépenses dans le social, ce budget marque une inflexion de la politique économique, traditionnellement interventionniste. Les impôts sur le revenu des ménages ont été diminués pour encourager la consommation. Enfin, les emprunts publics devraient baisser, pour la première fois depuis cinq ans, de 13 %, pour laisser plus d'oxygène au secteur privé, et favoriser les investissements des entreprises.

"Nous avons besoin d'un gouvernement qui, lorsqu'il s'agit du marché, institue des règles qui se limitent à l'incitation, et reste en marge avec le minimum d'interférence, tout en jouant un rôle important dans l'aide aux pauvres", indique le rapport annuel sur l'état de l'économie indienne. Les marchés financiers ont accueilli favorablement ce nouveau budget, orienté vers la réduction des déficits publics, par une hausse de 1,1 % de l'indice Sensex de la Bourse de Bombay, dans la journée de vendredi.

Julien Bouissou, Le Monde, le 2 mars 2010