Blue Flower

 

 

 

 

 

Le patriotisme indien ne connaît plus de frontières. Le groupe américain du commerce électronique Amazon vient d'en faire les frais, en retirant de la vente sur son site canadien un paillasson aux couleurs du drapeau indien sous la pression de New Delhi. La ministre indienne des affaires étrangères, Sushma Swaraj, très active sur Twitter, a été alertée, mercredi 11  janvier, par un utilisateur en colère qui lui a envoyé la capture d'écran du paillasson, commercialisé à l'autre bout de la planète, à l'origine de l'incident diplomatique.

 

En quelques heures, la ministre a menacé l'entreprise américaine, sur Twitter, d'annuler tous les visas accordés à ses employés en Inde si elle ne retirait pas l'article immédiatement. Amazon qui ne voulait pas mettre en péril les 5  milliards de dollars (4,7  milliards d'euros) qu'elle compte investir sur le marché indien très concurrentiel du e-commerce a obtempéré. Et son directeur en Inde s'est excusé auprès des autorités, expliquant que le paillasson avait été mis en ligne par une tierce partie.

 

Le drapeau fait l'objet d'une vénération toute particulière, dans un pays dirigé par le nationaliste hindou Narendra Modi et la Cour suprême de New Delhi a ordonné, en décembre  2016, que l'hymne national devait être chanté debout dans les salles de cinéma avant le début de chaque film. Près d'une vingtaine de spectateurs ont été arrêtés par la police pour n'avoir pas respecté cette décision.

 

Le numéro deux du ministère indien de l'économie, très critiqué ces dernières semaines pour la gestion chaotique de la démonétisation, a profité de cette polémique pour menacer à son tour Amazon. " Comportez-vous mieux, Amazon. Cessez d'être désinvolte vis-à-vis des symboles et des icônes indiens. Votre indifférence se fera à vos risques et périls ", a écrit, dimanche 15  janvier, Shaktikanta Das sur Twitter. Le parti nationaliste hindou au pouvoir s'est félicité de la " réactivité " du gouvernement. Et le porte-parole de la diplomatie indienne, Vikas Swarup, croyait sans doute l'incident clos lorsqu'il a publiquement déclaré, le 13  janvier, qu'un tel mépris à l'égard des sentiments Indiens ne devait pas se reproduire.

 

Erreur ! Car, pendant ce temps, des internautes dévoués à la cause nationaliste continuaient d'ausculter le site Amazon jusqu'à ce qu'ils sortent de ses entrailles une paire de tongs à l'effigie de Gandhi. L'entreprise l'a retirée de son site aux Etats-Unis si rapidement que les diplomates indiens n'ont pas eu le temps de passer à l'offensive. Et la Société universelle d'hindouisme, basée aux Etats-Unis, demande désormais à Amazon de retirer de la vente les housses de couettes ou les skateboards portant l'effigie du dieu éléphant Ganesh.

 

Sur les réseaux sociaux, certains se demandent, sur le ton de l'humour, si le gouvernement indien ne va pas menacer de fermeture dans le pays la chaîne de fast-food McDonald's si elle n'arrête pas de vendre ailleurs dans le monde ses hamburgers à la viande de boeuf, sacré en Inde.

 

 

 

Julien Bouissou, Le Monde daté du 19 janvier 2017.