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Catégorie : Actualité du C.I.D.I.F

L'Inde et le Pakistan reprennent le chemin du dialogue


 

Les deux frères ennemis d'Asie du sud ont renoué jeudi le dialogue, interrompu il y a plus d'un an, laissant espérer que les deux puissances nucléaires rivales parviennent à stabiliser leurs relations dans un contexte régional troublé.

 

 

 
 

Le secrétaire d'Etat pakistanais aux Affaires étrangères, Salman Bashir, arrrivé la veille à New Delhi à la tête d'une délégation de cinq personnes, a rencontré jeudi à huis clos son homologue indien, Nirupama Rao, a-t-on appris de bonne source. Rien n'a toutefois filtré sur la teneur de leurs entretiens qui marquaient la première reprise officielle des discussions entre les deux pays depuis les attentats de Bombay en novembre 2008 qui avaient fait 166 morts, et ont été attribués par l'Inde à un groupe islamiste pakistanais.

"C'est bon d'être de retour", a déclaré Salman Bashir à des journalistes à son arrivée à l'aéroport de New Delhi. "Je suis venu ici pour aplanir les différends (et) je suis optimiste sur le résultat", a-t-il ajouté. 

"L'Inde aborde la rencontre avec l'esprit ouvert, mais le pays est totalement conscient des limites imposées par le manque de confiance après les attentats de Bombay", ont de leur côté déclaré des membres du gouvernement sous couvert de l'anonymat, cités par l'agence Press Trust of India (PTI).

New Delhi et Islamabad avaient entamé un processus de paix en 2004 qui avait permis d'atténuer considérablement les tensions, notamment sur le Cachemire, une région en majorité musulmane, divisée en deux et secouée dans sa partie indienne par une insurrection séparatiste islamiste depuis 20 ans.

Mais le dialogue entre les deux rivaux d'Asie du Sud avait été interrompu après les attentats de Bombay. Officiellement, l'Inde a tendu la main à Islamabad après avoir jugé que le Pakistan avait fait un certain nombre de pas significatifs dans la lutte contre les groupes terroristes agissant sur son territoire.

Des observateurs suggèrent cependant que le facteur déterminant est venu de l'extérieur, la communauté internationale et en particulier les Etats-Unis souhaitant que l'Asie du Sud reste stable tandis que des dizaines de milliers de soldats se battent contre les talibans en Afghanistan.

"Tout indique la volonté américaine d'une reprise du dialogue. Que l'on considère cela comme de la pression ou une demande amicale est une question de point de vue", analyse l'ancien ministre indien des Affaires étrangères K.C. Singh.

Le Pakistan avait pressé Washington de l'aider à renouer avec l'Inde, argumentant que "la menace indienne" limitait sa capacité à venir en aide aux Etats-Unis dans leur lutte contre Al-Qaïda et les talibans. Selon l'ancien secrétaire d'Etat indien aux Affaires étrangères, Lalit Mansingh, la reprise du dialogue offre une "soupape de sécurité" cruciale lors des fréquents regains de tension dans les relations bilatérales.

Depuis leur indépendance concomitante en 1947, les deux pays se sont mené trois guerres, dont deux portant sur la région disputée du Cachemire. "Le principe de base de la diplomatie est de continuer à discuter, en particulier lorsque vous avez un voisin instable et doté de l'arme nucléaire comme le Pakistan", analyse-t-il.

L'ancienne ministre pakistanaise de l'Information, Sherry Rehman, a déclaré la semaine dernière dans le quotidien The Hindu que les deux camps ont compris l'importance du dialogue "rituel": "Cela rompt la glace, laisse percer l'espoir et pose les bases pour les feuilles de route et les changements" à venir.

Pour la réunion jeudi, le Pakistan souhaite un retour immédiat à un large dialogue tandis que l'Inde veut centrer les discussions sur le terrorisme, une volonté encore renforcée après l'attentat le 13 février dans la ville indienne de Pune qui a fait 16 morts, selon un dernier bilan mercredi.

Un groupe islamiste jusqu'ici inconnu, se déclarant dissident du groupe pakistanais Lashkar-e-Taïba, a revendiqué auprès du quotidien The Hindu ce premier attentat d'importance depuis ceux de Bombay.

AFP, in Aujourd'hui l'Inde, le 25 février 2010.