Blue Flower

 

En affirmant, le 2 janvier, que « l’élection constitue un exercice laïque », la Cour Suprême indienne a pris une décision historique qui devrait dorénavant empêcher que des candidats mettent en avant leur appartenance religieuse.

 

C’est une décision historique que la Cour suprême indienne a prise lundi 2 janvier. Elle a statué qu’il est désormais interdit à tout candidat à une élection de recourir, durant le temps de la campagne électorale, à des arguments fondés sur la religion, la caste, ainsi que l’appartenance communautaire ou linguistique. Une telle recherche des suffrages est, juge-t-elle, « assimilable au délit de corruption ».

 

« L’État étant de nature laïque, il ne peut être identifié avec aucune religion ou dénomination religieuse. L’élection constitue un exercice laïque, tandis que le rapport entre l’homme et Dieu est un choix individuel », a argumenté le collège délibérant.

 

Cette décision a été émise dans le cadre d’un recours présenté en 1992 par le chef du BJP (Baratiya Janata Party, parti de droite nationaliste hindoue), Abhiram Singh. Son élection à l’Assemblée parlementaire de l’État du Maharashtra avait été invalidée en 1991 par la Haute cour de Bombay dans la mesure où ce candidat avait ouvertement appelé à voter pour lui parce qu’il était hindou.

 

Définition non-religieuse de l’Hindutva

 

En 1995, pourtant, cette même Cour suprême avait défini l’Hindutva (« hindouïté » ou « indianité ») comme un concept de « style de vie » et non de « religion », confirmant ainsi la possibilité d’utiliser ce concept dans le cadre électoral. À l’époque, cette décision avait déçu les intellectuels et acteurs socio-politiques qui défendent une nette séparation entre religion et politique.

 

Selon John Dayal, ancien président de l’organisation All India Catholic Union (AICU) et observateur attentif des religions en Inde, « ce sont justement des responsables du BJP, tels Lal Krishna Advani, qui ont instrumentalisé la foi en l’entraînant dans l’arène politique ». John Dayal cite la destruction de la mosquée Babri à Ayodhya, en décembre 1992, sur fond de conflit entre musulmans et hindous, ainsi que les deux milliers de personnes, majoritairement musulmanes, tuées au cours des émeutes qui avaient suivi cette destruction.

 

Quel effet direct sur les groupes fondamentalistes hindous ?

 

D’autres violences antimusulmanes au Gujarat en 2002 avaient aussi profité électoralement au BJP. « Il faudra voir, relève John Dayal, si la décision prise par la Cour suprême aura un effet direct sur les groupes fondamentalistes hindous, ou sur des partis qui se déclarent musulmans » – les chrétiens, eux, ne disposent pas de formations politiques basées sur le facteur religieux, même s’ils sont influents au sein de l’État du Kerala ou dans le nord-est de l’Inde.

 

« Il faudra comprendre comment cette décision historique sera appliquée dans le cadre des prochaines élections dans l’ensemble du pays », remarque prudemment pour l’agence Fides Michael Gonsalves, journaliste catholique du Financial Chronicle et ancien président de la Indian Catholic Press Association.

 

Claire Lesegretain (avec Fides), La Croix.com  l 4 janvier 2017.