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 La sexualité en Inde : entre traditions et modernité


 

Les jeunes indiens sont plus libérés. C’est ce qui a été dévoilé dans une étude demandée par le ministère de la santé. La sexualité est vue de manière plus décomplexée, au péril d’une prévention souvent mise de côté.

 

 

 
 

 

" Les données montrent que 8% des jeunes âgés de moins de 19 ans ont déjà expérimenté le sexe ", a indiqué Ghulam Nabi Azad, ministre de la santé. Ce samedi, il a dévoilé son rapport " Le jeunes en Inde, situation et besoins "(1). Des données nombreuses et précises qui permettent d'estimer les habitudes sexuelles des 315 millions jeunes, âgés entre 15 et 29 ans. Les jeunes se libèrent et commencent à se détacher des traditions. L'influence occidentale, colportée par la télévision et internet, a un impact non négligeable.

Avec la présence croissante des médias, les indiens commencent à percevoir plus la sexualité comme une activité que comme un moyen de procréation. Mais ils restent encore peu informés. Seulement 37% des hommes et 45% des femmes savent que le risque de grossesse existe dès le premier rapport. La pornographie les influence, ils sont de plus en plus nombreux à expérimenter le sexe avant le mariage.

C'est surtout dans le milieu rural que les jeunes commencent à se détacher des traditions. 17% des hommes ont déjà eu une liaison avant les noces, contre 10% des hommes habitant les villes. Les femmes, quant à elles, sont 4% de rurales contre 2% de citadines à faire l'amour avant de se stabiliser. " Dans notre société en mutation, les célibataires ont absolument besoin d'informations et de consultations ", a déclaré Ghulam Nabi Azad.

Une mauvaise perception du V.I.H.

96 % des hommes et 95% des femmes interrogés ont déjà entendu parler du Sida. Mais peu de gens utilisent les moyens de contraception. Seuls 23,7% des hommes se seraient servi d'un préservatif pour leur premier rapport, contre 8,6% des femmes. Les maladies sexuelles sont connues, mais les jeunes se sentent peu concernés.

Les risques de mortalité pourraient être revus à la baisse, mais certaines populations n'ont pas accès aux soins médicaux adaptés et ils ignorent encore les dangers d'une grossesse trop précoce. Bien que le risque de mortalité infantile et en couches aient diminué, certaines habitudes à risques persistent. Plus de la moitié des femmes indiennes se marieraient avant l'âge de 18 ans.

Le mariage arrangé reste la norme

D'après l'étude, un cinquième des femmes aurait été mené au mariage avant 15 ans, et 49% avant 18 ans. Une situation critique qui atteindrait les 77% d'épouses mineures au Bihar. Ce sont encore majoritairement les familles qui arrangent les mariages, sans laisser le choix à leurs enfants. 79% des femmes doivent se résigner, contre 32% des hommes. Ghulam Nabi Azad, a annoncé qu'un plan d'action allait être mis en place afin " d'assurer aux jeunes filles un développement optimal à tous les niveaux, tant psychologiquement que physiquement ".

Comme d'autres pays émergents, l'Inde commence à se forger un visage divisé entre les coutumes et la modernité. Même si le mariage est toujours précoce, les jeunes sont plus libérés sexuellement. Mais le pays reste encore négligent sur la prévention des M.S.T, et les traitements. D'après N.A.C.O. (National Aids Control Organisation), le nombre de personnes atteintes du V.I.H. serait estimé entre 2,5 et 5,2 millions.

Note : (1)" Les jeunes en Inde, situation et besoins " est une étude faite par l'ONG Population Council et l'Institut international des civilisations de Mumbai. Les recherches ont porté sur 58 000 jeunes, âgés de 15 à 29 ans, au cours des années 2006 à 2008, dans six Etats (Andhra Pradesh, Bihar, Jharkhand, Maharashtra, Rajasthan et Tamil Nadu).

 

Ella Martin, Aujourd'hui l'Inde, le 23 février 2010.