Blue Flower

Nouveaux affrontements entre policiers et étudiants pro-Telangana à Hyderabad

 

 

La capitale d’Andhra Pradesh était à nouveau le théâtre de violences le weekend dernier, alors que les partisans d’un Telangana autonome se sont heurtés aux forces de l’ordre dans la ville. Un étudiant est décédé après s’être immolé en signe de protestation.

 

 

 
 
 
 
 

La tension ne sera retombée que momentanément à Hyderabad. Les autonomistes du Telangana, qui croyaient avoir obtenu gain de cause lorsque le gouvernement fédéral avait accepté de donner à cette région le statut d'Etat, ont aujourd'hui le sentiment d'avoir été trahis. Et l'ont fait savoir, le weekend dernier, dans la capitale de l'Andhra Pradesh (sud).

Plus de 30 000 policiers ont été déployés dans la ville, samedi matin, afin d'empêcher des partisans d'un Telangana indépendant, en majorité des étudiants, de prendre d'assaut l'assemblée régionale. La manifestation a pris une tournure violente lorsqu'un jeune homme de 19 ans s'est immolé à proximité de l'université Osmania à Hyderabad. Il a été transporté à l'hôpital où il a succombé à ses blessures, lundi matin.

Cet incident a immédiatement  fait monté d'un cran la tension entre forces de l'ordre et manifestants, qui se sont affrontrés sur le campus de l'université. La police a également investi le centre d'Hyderabad et érigé de nombreux barages dans la ville, établissant de facto un couvre-feu, selon le quotidien The Hindu.

Dans une lettre retrouvée à l'intérieur de son sac, l'étudiant qui s'est donné la mort évoque sa frustration face au manque de perspectives d'emploi en Andhra Pradesh. "La création du Telangana permettra à des gens comme moi de trouver du travail. Je donne ma vie pour le Telangana et le mouvement doit continuer jusqu'à qu'il soit créé", a-t-il écrit, d'après le quotidien Indian Express.

Région délaissée, pauvre et asséchée de l'Etat d'Andhra Pradesh, le Telangana ne bénéficie en effet pas des mêmes ressources économiques que la région côtière d'Andhra. Pour les partisans d'un Telangana autonome, la création d'un nouvel Etat (qui passe notamment par une représentation au Parlement et l'allocation de fonds par le gouvernement fédéral) est le seul moyen de donner plus de pouvoir à la région et de garantir son développement.

Le porte-drapeau politique et fer de lance du mouvement pour l'indépendance du Telangana, le Telangana Rashtra Samithi (TRS), pensait avoir remporté un bataille qui dure depuis plus de 40 ans, lorsque le gouvernement indien avait annoncé, le 9 décembre, la mise en oeuvre d'un processus pour la création d'un nouvel Etat.

L'euphorie a cependant rapidement fait place à la déception lorsque New Delhi a fait une nouvelle annonce, à la fin du mois dernier, cette fois pour la mise en place d'un comité d'étude sur la question de la création (ou non) du Telangana. Le TRS craint désormais un retour en arrière sur le statut d'Etat, en principe accordé en décembre à la région.

A la mi-février, les étudiants de l'université d'Osmania, épicentre historique des revendications autonomistes, ont lancé un appel à la grève, pour protester contre le comité de réfléxion sur le Telangana. 15 députés locaux (MLAs) de la région avaient ensuite donné leur démission avant que de nouvelles manifestations éclatent samedi.

La création de l'Etat du Telangana doit être votée à l'assemblée d'Andhra Pradesh, qui  reste très divisée sur la question. 119 de ses 294 députés sont rattachés au Telangana. La résolution doit ensuite être votée au deux tiers au Parlement indien.

Antoine Guinard, Aujourd'hui l'Inde, le 23 février 2010