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Catégorie : Actualité du C.I.D.I.F

Quand les Kanjars quittent la case " prison "


 

Prostitution, enlèvements, meurtres. Ces termes ont longtemps été synonymes des Kanjars du Rajasthan. Pourtant, le nouvel élan pris par ces tribaux compte bien transformer cette vérité imposée, en un surprenant mensonge.

 

 

Seulement 10 plaintes enregistrées contre les Kanjars au cours de l'année 2008, contre 269 en 2007. Les statistiques de la police de Jhalawar, au Rajastan, sont explicites : le taux de criminalité de cette communauté est en baisse. Cela peut surprendre, puisque les Kanjars sont considérés comme la tribu la plus criminelle d'Inde. Depuis quelques années, un certain nombre de personnes tentent de changer les mentalités, et d'agir afin de réhabiliter ces " mal-aimés ".

En 2003, l'IDEX (Indian Network for Development Exchange) s'est lancé dans une campagne de soutien en sensibilisant la tribu à l'éducation, mais aussi à la santé. Depuis, des volontaires venant du monde entier participent régulièrement au développement de la communauté. Une initiative qui n'aurait aucun impact sans la mobilisation locale, qui s'effectue humainement et financièrement.

Une implication policière qui a ses conséquences

C'est en mars 2008 que la police de Jhalawar s'est investie de la même mission. Après des semaines de négociation, elle a réussit à convaincre 85 Kanjars de se rendre. En décembre 2008, la police de Jhalawar a reçu une récompense de 38 000 roupies pour avoir arrêté 56 d'entre eux, informe The Indian Express.

Au lieu de garder l'argent, les policiers ont reversé la somme aux familles des personnes interpelées, afin qu'elles puissent payer les frais d'avocat et de justice. " Après leur capitulation, nous avons engagé des discussions avec la communauté et les avons amené à faire un serment [...] ils ont juré sur leur dieu qu'ils ne se reconvertiraient jamais au crime, et 99% d'entre eux ont tenu cette promesse ", indique M.K. Devarajan, le directeur général de la police de Rajasthan.

Les Kanjars seraient 5000 au Pakistan, et beaucoup plus dans le Nord de L'Inde. Depuis les temps coloniaux, ils portent les stigmates de leur passé. En 1871, leur communauté a été classée comme criminelle par le Criminal Tribes Act. Leur mobilité a depuis été considérablement réduite, obligeant même les hommes à se rendre régulièrement à la police. Bien que le statut ait été supprimé lors de l'indépendance de l'Inde, leur réputation leur est restée.

Révolution dans leur milieu de vie

Ils ont longtemps vécu dans des campements, privés d'électricité, d'eau et de soins médicaux. Actuellement, la situation est en train d'évoluer. Dans trois de leurs hameaux, on assiste à une modernisation de leurs lieux de vie, où télévisions et téléphones mobiles font leur apparition. " Beaucoup de gens croient que tout cela est le résultat de choses que nous avions déjà avant. Mais nous travaillons dur, comme travailleurs journaliers, dans des fermes privées, mais aussi dans le système NREGA(1) pour gagner de l'argent. Nous voulons cette vie maintenant ", affirme Savalia, du hameau de Tetravaas.

Aujourd'hui, la majorité d'entre eux travaillent pour gagner leur vie. Certains sont même formés comme agents de sécurité par la police locale. C'est une véritable révolution sociale qui est entrain de s'opérer. Avec l'aide inhabituelle d'une police qui a pris l'initiative d'aider au lieu de sanctionner.

 

Note : (1) National Rural Employment Guarantee Act, régime indien de garantie de l'emploi, édictée par la loi du 25 août 2005. Cent jours d'emploi sont garantis à tout homme majeur disposé à travailler dans le domaine rural et les travaux public, pour un salaire minimum de 60 roupies quotidien.

 

Ella Martin, Aujourd'hui l'Inde, le 18 février 2010