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Catégorie : Actualité du C.I.D.I.F

Pas de B.A.ba avant 4 ans pour les enfants indiens


 

Le Ministère de l’Education va se pencher sur la question des écoles "préparatoires" (maternelles) indiennes, en raison de trop grandes dérives. Admissions trop précoces, éducateurs mals formés et dérives commerciales sont en effet le lot de ces établissements.

 

 

 

"Le système actuel d'admission à l'école est traumatisant en Inde, à la fois pour l'enfant et pour ses parents", a déclaré lundi Kapil Sibal, Ministre de l'Education ( Union Human Resource Development Minister). Il annoncé une série de mesures qui devraient  réglementer l'éducation élémentaire, pour le plus grand soulagement des parents et des établissements.

L'Education est en effet devenue l'une des prérogatives du gouvernement indien. Le RTE, Right to Education Act, garantit l'éducation gratuite et obligatoire pour tous les enfants indiens de 6 à 14 ans ; mais qu'en-est-il de ceux de moins de 6 ans? Le ministère a donc décidé de prendre des mesures, en élevant à 4 ans l'âge légal d'un enfant pour être admis dans le système scolaire classique, en réponse à une pétition lancée par des établissements de New Delhi.

Les écoles maternelles française n'ont en effet pas d'équivalent en Inde où le système inclut crèches (nurseries et preschools), et maternelles (kindergarten) . Jusqu'à présent, un enfant pouvait être admis dans ces structures à partir de 3 ans (voire 2 ans et demi), une limite d'âge souvent considérée comme aberrante. "C'est un âge très tendre pour les enfants qui viennent à l'école…ils sont soumis à beaucoup de stress, ne sont pas autonomes et ne devraient pas être admis dans un établissement classique", déclare Ameeta Mullah Wattal, directrice de l'école Springdales à New Delhi.

L'Etat n'a pas encore vraiment investi cette partie du système scolaire, ouvrant la porte à beaucoup de dérives. Ces "écoles maternelles" sont en fait des entreprises commerciales, qui demandent des frais de scolarité extrêmement élevés, sans que l'encadrement ne suive réellement. "Beaucoup de parents travaillent, n'ont pas le temps ou ne se sentent pas capables dans un contexte de pression scolaire, d'assurer l'éducation de leurs enfants. Les garderies et jardins d'enfants poussent comme des champignons, ouvertes par des gens qui veulent tirer profit de cette demande, sans avoir la formation adéquate", affirme Ameeta.

Une simple visite dans l'une de ces pre-schools semble lui donner raison : la Shemrock Flowers, à New Delhi,  appartient à Shemrock, auto proclamé "réseau N°1 d'écoles préparatoires". Une méthode d'enseignement soi disant "innovante", qui "prépare à l'école classique", tout cela pour des enfants de 2 à 3 ans et demi et un coût élevé…

La pétition lancée par les directeurs d'établissements de New Delhi devrait donc porter ses fruits, puisque Kapil Sibal s'est aussi prononcé en faveur de l'intervention de l'Etat dans la règlementation des pre-schools. "La standardisation est une obligation pour ces établissements qui devraient offrir aux enfants une expérience de découverte du monde et non un enseignement", annonçait il au quotidien la Tribune. Déclarations qui doivent maintenant être approuvées lors de la prochaine réunion du Central Advisory Board of Education, le conseil indien de l'Education.

 

Françoise Lanby, Aujourd'hui l'Inde, le 17 février 2010.