Blue Flower

L'attentat de Pune suscite de nouvelles inquiétudes

Deux jours après l'attentat qui a fait 9 morts et 40 blessés le 13 février à Pune, ville voisine de Bombay, les services secrets soupçonnent le groupe islamiste local des Moudjahidin indiens (IM) et l’organisation pakistanaise du Lashkar-e-Taiba (LeT). Cet acte terroriste risque de peser sur les relations entre l'Inde et le Pakistan, qui s'apprêtent à renouer le dialogue.

15.02.2010


Un policier indien relève des indices après l'attentat de Pune, le 14 février 2010

Un policier indien relève des indices après l'attentat de Pune, le 14 février 2010 © AFP

Pour The Telegraph, quotidien de Calcutta, les objectifs de l'attaque du samedi 13 février sont les mêmes que ceux des attentats de Bombay de novembre 2008 : "Donner aux Indiens et aux étrangers le sentiment d'être en danger dans ce pays." Comme le journal l'explique dans ses colonnes, "le German Bakery [le restaurant où l'attaque s'est produite] est un établissement aussi prisé que le Leopold Café [situé à Bombay et attaqué en 2008]. Tous deux sont des lieux où se côtoient des touristes, des étudiants et des habitants de la ville. C'est cette ambiance cosmopolite et cette harmonie qui les rendent vulnérables face à la colère des fanatiques."

Selon le quotidien The Asian Age, il ne faut pas "dramatiser trop vite", car l'attaque n'est pas de l'ampleur de celle de Bombay : "Il n'y a pas eu de coups de feu ni d'attaquants armés. Comme l'a indiqué le ministre de l'Intérieur, l'explosion d'un sac à dos rempli d'explosifs à l'intérieur d'un restaurant est une attaque plus "sournoise".

L'offensive annoncée par les Américains et lancée dans la nuit du 13 au 14 février contre les talibans dans la région du Helmand, en Afghanistan, pourrait également avoir encouragé cet acte terroriste. "Le Lashkar-e-Taiba (LeT) ou d'autres groupes sympathisants des talibans ont sans doute l'intention d'ouvrir un nouveau front dans l'est du Pakistan [à la frontière avec l'Inde] pour obliger le gouvernement pakistanais à freiner son offensive contre les groupes terroristes [qui opèrent dans l'ouest du pays]. Dès lors, cela permet d'empêcher le dialogue entre l'Inde et le Pakistan", analyse The Times of India, quotidien de New Delhi. 

L'Inde et le Pakistan tenteront de renouer le dialogue - interrompu après les attentats de Bombay - lors d'une rencontre prévue le 25 février prochain. Devant les soupçons qui pèsent sur le groupe terroriste pakistanais LeT, le Bharatiya Janata Party (BJP), "soucieux de conserver son rôle de parti nationaliste", a aussitôt sommé le gouvernement de stopper tout dialogue avec son voisin pakistanais. Une réaction critiquée par le Telegraph, qui souligne dans son éditorial l'importance pour les deux pays de conclure des accords : "La sécurité intérieure est sans aucun doute d'une importance capitale, mais celle-ci sera impossible sans une politique extérieure cohérente."

Enfin, si les principaux suspects sont des groupes islamistes, The Asian Age rappelle qu'il ne serait pas étonnant que le groupe local hindouiste d'extrême droite Colonel Purohit soit impliqué dans l'attaque, dans le but de "discréditer la communauté musulmane et de lui faire porter la responsabilité des attaques terroristes en Inde".

Courrier International, le 15 février 2010