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Auroville, bientôt au patrimoine mondial de l’Humanité?



La "cité universelle" figurera-t-elle sur la prestigieuse "World Heritage List"? C’est en tout cas un projet très sérieux, et à l’étude depuis 12 ans au sein de cette communauté singulière, située à une dizaine de kilomètres de Pondichéry.

 

 
 

 

Irina Bokova, récemment nommée à la tête de l'Unesco, a choisi pour sa première visite officielle, début janvier, de se rendre en Inde, et de faire étape à Auroville. Interrogée sur la possible inscription de cette ville atypique au patrimoine mondial de l'Humanité, Mme Bokova est cependant restée neutre, affirmant que c'était "au gouvernement indien de prendre des mesures dans ce sens".

Cette inscription pourrait être justifiée par la singularité d'Auroville. De toutes les cités utopiques qui ont vu le jour dans les sixties, celle-ci est en effet la seule encore active ; et sans nul doute la plus aboutie. Née d'une vision de "la Mère", compagne française du philosophe indien Sri Aurobindo, Auroville était conçue comme un laboratoire de "l'évolution de la conscience humaine" au sein duquel religion, nationalité et  propriété devaient être absents.

Plus de 40 ans après sa création, et malgré certains disfonctionnements, cet idéal continue à attirer de nouveaux arrivants. La cité, qui devait au départ accueillir 50 000 Aurovilliens, regroupe aujourd'hui à peine 2000 individus, d'une cinquantaine de nationalités différentes.

Auroville suscite des réactions extérieures parfois extrêmes : certains parlent de néocolonialisme, de ségrégation vis-à-vis de la population tamoule locale; ou encore dénoncent les entreprises aurovilliennes, comme autant de manquements aux idéaux  professés. Des accusations qui, selon les Aurovilliens, relèvent d'une lecture superficielle et caricaturale de leur projet.

"Auroville est porteuse de beaucoup d'espoirs en même temps que beaucoup de contradictions ; cela nous ne pouvons le nier", concède Luigi Zanzi, membre de L' Avenir d'Auroville et un des responsables du projet d'inscription d'Auroville au patrimoine mondial de l'Humanité.  Reforestation, projets éducatifs, développement durable dans les villages alentours, énergie renouvelable et microcrédit : la cité "utopique" est impliquée dans de nombreux projets concrets, souvent avant-gardistes.

L'Unesco n'est d'ailleurs pas insensible au cas d'Auroville. Associé dès le début à l'aventure, en 1968, l'organisme n'a pas cessé depuis d'y apporter son soutien, via des résolutions et des déclarations. Reste toutefois une difficulté majeure pour inscrire Auroville au patrimoine de l'Humanité : les critères actuels de l'Unesco ne s'appliquent pas à la ville, qui ne possède ni monument, ni site naturel exceptionnel.

C'est pour cela que Luigi et ses collègues réfléchissent à la création d'un nouveau critère : celui de "patrimoine du futur" qui prendrait en compte la volonté d'Auroville d'être le "symbole vivant de l'Humanité aspirant à son unité".

Le défi est maintenant de convaincre le ministère indien de la Culture de l'intérêt de la proposition, qui devra ensuite être sélectionnée et déposée par le gouvernement indien auprès de l'Unesco, qui décidera ensuite de son bien-fondé. Enfin, il  faudra convaincre des bienfaits de ce projet à Auroville même ; car les différents avantages apportés par l'Unesco-meilleure reconnaissance, protection accrue et enfin développement économique indirect- ne font pas forcément l'unanimité au sein de la communauté.

Il reste du chemin à parcourir avant de voir Auroville inscrite au patrimoine mondial. Certains cas particulier ont cependant déjà été validés par le passé et pourraient servir la cause d'Auroville. En 1999,  la prison de Robben Island du Cap, dans laquelle avait été incarcéré Nelson Mandela pendant 27 ans, a notamment été classée, comme symbole de l'aspiration à la liberté . Auroville saura-t-elle faire valoir ce qu'elle incarne? c'est tout l'objet du projet.

 

Françoise Lanby, Aujourd'hui l'Inde, le 25 janvier 2010.