Blue Flower

Une ex-actrice défend ses propos sur la virginité devant la justice indienne


La cour suprême indienne doit trancher sur le sort d’une ex-star de cinéma, accusée d’avoir prononcé des propos immoraux . Lors d’une campagne contre le sida en 2005, elle avait estimé "normal" d’avoir des relations sexuelles avant le mariage. Scandale !

 

 
 

 

 

Peu de gens l'ignorent encore : le sexe demeure un sujet tabou en Inde au XXI siècle. Kushboo Sundar, une icône du cinéma tamoul, fait depuis cinq ans l'amère expérience du lynchage qui s'abat sur quiconque franchit la ligne rouge. L'ex-actrice, qui fait l'objet d'une vingtaine de plaintes déposées contre elle dans son Etat natal du Tamil Nadu (sud), a fait appel devant la cour suprême indienne, mardi, afin de mettre fin aux poursuites contre elle.

La plus haute instance de justice de "la plus grande démocratie du monde" semble cependant partagée sur le cas de Kushboo et refuse pour l'instant de la dédouaner totalement. "Ces déclarations sont difficiles à digérer", a déclaré un des juges, qui s'est interrogé sur "la sagesse" des propos de l'actrice et la "nécessité" de les avoir prononcés.

L'affaire remonte à 2005, lorsque l'ex-star du cinéma tamoul devenue présentatrice de télévision avait apporté son soutien à une campagne de prévention contre le sida au Tamil Nadu. Lors d'un entretien à un magazine elle avait déclaré qu'il était "normal que les femmes aient des relations sexuelles avant le mariage", précisant qu'elles "devaient se protéger". Kushboo avait également affirmé que les jeunes Indiens éduqués ne pouvaient pas exiger de leurs femmes qu'elle soient vierges au mariage.

Il n'en a pas fallu plus pour mettre le feu aux poudres dans un des Etats les plus conservateurs du pays. 23 plaintes ont été déposées dans divers tribunaux du Tamil Nadu et retenues par la haute Cour de Madras qui a ordonné qu'elles soient jugées lors d'un "procès commun".

L'avocate de Kushboo qualifie les accusations contre sa cliente de "frivoles, fausses et mal-intentionnées", selon le quotidien Times of India. L'actrice accuse pour sa part les médias tamouls d'avoir détourné ses propos et dénonce une campagne opportuniste de personnes cherchant à élargir leur influence politique en tirant profit de ce combat moral.

Enfin, elle s'en réfère logiquement à la liberté d'expression, un droit fondamental en démocratie, pour sa défense. La justice peut cependant réserver des surprise dans un pays où le poids des traditions reste considérable et les questions "morales" enflamment régulièrement les passions.  La cour suprême  a demandé à Kushboo de lui faire parvenir l'intégralité de l'interview afin d'analyser le "contexte" des ses propos.

"Culturellement, on évite encore de parler de sexe et les droits fondamentaux sont généralement mis de côté dans ces cas là. Kushboo est considéré comme un modèle, un icône (un temple a même été construit en son honneur au Tamil Nadu, ndlr), c'est pourquoi ses propos ont fait tant de bruit", explique Kanta Singh de Women's Power Connect, une organization qui milite pour la représentativité des femmes en politique. "Les juges ont un rôle de porte-drapeau  lorsqu'il faut établir un précédent. Ils se laissent guider par leurs valeurs personnelles et celles de la socié", ajoute-t-elle.  

Selon Kanta Singh, les mentalités évoluent cependant rapidement en Inde, surtout chez les jeunes qui pensent tout bas ce que Kushboo a dit tout haut. Mais pour l'heure, le Kama Sutra devra rester caché encore un temps au fond des bibliothèques indiennes.

 

  Antoine Guinar, Aujourd'hui l'Inde, le 22 janvier 2010.