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Dissident tweeter, Shashi Tharoor persiste et signe


 

Cette plateforme sociale en ligne qui a connu son heure de gloire pendant les élections iraniennes de juin dernier est utilisée par de plus en plus d’hommes politiques. En Inde, seul un politicien à réellement adopté l’outil, parfois à ses dépends.

 

 
 

 

De Barack Obama, au premier ministre australien Kevin Rudd en passant par Benoît Hamon et Arnorld Schwarzenegger, Twitter est devenu l'outil de communication essentiel pour être dans le coup chez les politiques. Les Indiens, eux, restent pour l'heure  plus frileux à l'exception du secrétaire d'Etat aux affaires étrangères et ancien sous-secrétaire Général à l'ONU Shashi Tharoor, dont les "tweets" réguliers sont lus par plus de 500 000 de ses compatriotes.

Lancé en 2006, Twitter est une plateforme en ligne qui permet à chaque utilisateur d'avoir sa page personnalisée sur laquelle il publie des messages de 140 signes maximum, appelés tweets. Chaque membre est alors "suivi" par d'autres utilisateurs, selon l'intérêt de sa page. Le succès du site est notamment dû aux nombreux messages d'internautes iraniens, qui rendaient compte de la situation dans le pays, lors des élections de juin dernier.

En Inde, les prolifiques messages du député Congrès sur sa page Twitter lui ont par ailleurs valu quelques dérapages. Le plus récent concerne le durcicement des règles pour l'émission de visas touristes de longue durée,  annoncée le 24 décembre dernier. Shashi Tharoor avait remis en question la nouvelle politique, allant directement à l'encontre de son propre ministère.

"Dilemme de notre époque. Des contraintes rigides pour les visas dans l'espoir d'améliorer la sécurité, ou liberalité pour encourager le tourisme et la bienveillance ? Je préfère la seconde solution", avait-til écrit sur sa page.

Rappelé à l'ordre par son supérieur S M Krisha qui avait déclaré que les députés devaient faire part de leurs "perceptions" "entre les quatre murs du gouvernement" et non sur la toile, l'écrivain devenu politicien n'a pas pour autant abandonné son jouet favori. Il continue même à encourager d'autres politiques à utiliser Twitter, assurant que la plateforme donne l'opportunité aux Indiens de comprendre le fonctionnement quotidien de la politique à travers les posts de ses acteurs.  

Fervent défenseur du site interractif, qu'il a découvert l'année dernière lors de la campagne électorale, Shashi Tharoor avait déjà connu un premier "Tweetergate" en septembre dernier. A la question d'un journaliste qui lui demandait sur sa page s'il allait voyager un "classe bétail" (Cattle Class en anglais, terme péjorarif utilisé en Inde pour désigner les compartiments les moins chers et donc investis par les classes populaires, ndlr) lors de son prochain voyage, le ministre-tweeter avait répondu : "Oui, je le ferai en solidarité avec nos vaches sacrées !".

L'humour de Shashi Tharoor qui ne faisait que reprendre (ironiquement ?) l'expression de son interlocuteur, n'est vraissemblablement pas passé. Les médias se sont emparés de la "polémique" et plusieurs députés, issus de son propre camp pour la plupart, ont appelé à la démission du député du Kérala.

Comme pour son récent post sur les visas, les réactions à l'encontre du tweet de septembre peuvent paraître éxagérées. Mais si Twitter a largement été adopté par les élus Congrès américain, sous l'impulsion de Barack Obama et de son fameux Blackberry, il reste en Inde l'apanage des stars de Bollywood, qui commencent timidement à s'y mettre.

Policticien indien avant-gardiste qui a fait sa carrière à l'étranger, Shashi Tharoor est convaincu que Tweeter peut rapprocher les dirigeants du peuple. Il devra cependant également adopter les codes et le protocole de la politique indienne et ménager son parti s'il veut rester au gouvernement.

 

Antoine Guinard, Aujourd'hui l'Inde, le 7 janvier 2010